samedi 17 juin 2017

Le peigne ou les nœuds?

« Le 11 Juin 2003, alors que je visitais Daglio, le téléphone s’est mis à sonner. On m’appelait du Palazzo Doria parce qu'il y avait quelque chose de très important qui nécessitait mon avis et ma présence. Je me sentais très gêné et mal à l’aise, car jusque-là, personne ne m’avait jamais demandé de me rendre au château.
En fait, je ne sais rien faire, je ne suis pas bon en travail manuel, je n'ai aucune expérience spécifique professionnelle, je suis juste en mesure d’offrir ma petite force physique. Ceci dit, en vérité, depuis quelques jours il y avait quelque chose dans l'air, comme si ma kundalini avait été appelée par quelqu'un de très "élevé".
Il est très difficile de décrire ce qui m’arrivait, parce que je vivais un mélange de d'émotions.
Cette semaine là, je passais ma lune de miel avec ma femme dans la vallée de Borbera. Au milieu de toute cette joie, je sentais comme si quelqu'un voulait m’avertir de quelque chose, mais évidemment je n‘arrivais pas à en comprendre le sens. Cependant, j’ai pris la voiture et je me suis rendu immédiatement au château. Jusque-là, les seuls emplois que j’avais faits concernaient le hangar où j’avais pris soin des salles de bains et de la cuisine. Au château j’avais fait des petits travaux manuels et je m’étais occupé des poubelles. Je ne comprenais pas ce que je devais faire au château.
J’ai pris les virages comme un pilote de course et je suis arrivé en quelques minutes. Près du château, j’ai vu beaucoup de poubelles et cela m’a rassuré, je me suis dit qu’on m’avait appelé pour cela. Je suis entré un peu plus calme, sûr d’avoir compris ce que je devais faire. Mais, en regardant les visages que je croisais, j’ai vu qu'il y avait quelque chose de très inattendu.
J’avais vu SHri Mataji trois mois auparavant en Inde. J'avais pris plusieurs jours de congé parce que notre lune de miel devait se faire en Inde au mois de mars, mais finalement, nous n’avions pas réussi à réunir à temps les papiers de ma femme qui était arrivée d’Ukraine quelques semaines auparavant. Je suis donc allé en Inde sans ma femme pour ma "première" lune de miel, mais avec tout le collectif. Nous étions à Pune pour le puja du Shrivaratri, puis à New Delhi pour l'anniversaire et pour le grand programme public dans le stade fin mars 2003. Le sentiment que j'avais eu, c’était que bientôt tout le monde allait connaître l'étendue de notre Mère.
Le Puja a été célébré dans le stade de Pune. Le grand programme public de Delhi, avec environ 100 000 personnes, préfigurait l'avènement de Sahaja Yoga à un niveau grandiose.
Je suis donc revenu d'Inde avec une joie sans limite: avoir vu notre Mère heureuse et entourée de milliers de personne était le rêve de notre vie. De retour à Rome nous nous sommes engagés au maximum pour développer Sahaja Yoga avec nos programmes, avec la certitude que dans peu de temps, tout le monde allait reconnaître la valeur de Sahaja Yoga.
Au lieu de cela, il est arrivé ce que jamais je n’aurais pu imaginer dans ma vie: Shri Mataji est tombée malade. Je ne pouvais pas en croire mes oreilles. Je n'étais pas habitué ni prêt à accepter l'idée de la voir dans un état de santé précaire. Plus encore à cause du tour en Inde où Mère était au maximum de sa gloire. Il est vrai qu’Elle avait manqué deux pujas importants: celui de Pâques et du Sahasrara, où Elle n'était pas venue, mais je n’aurais jamais imaginé une telle chose. J’avais entendu des rumeurs à ce sujet mais c’était comme si ma personnalité refusait de l'entendre.
Au château, j’ai été accueilli par quelques Yogis qui m’ont mis au courant de la santé de Mère qui était alitée depuis plusieurs mois. Et maintenant Elle avait un problème de cheveux. On m’a demandé: "Peux-tu y faire quelque chose?"
À l'âge de 16 ans juste pour le plaisir de connaître la vie, j'avais commencé une formation de coiffeur. En fait, plus tard, c’était devenu mon travail et dans mon temps libre c’était avec grand plaisir que je coiffais les cheveux de beaucoup de Sahaja Yogis et Yoginis. Il se trouve que pendant ces années, entre autres, je suis devenu bon pour dénouer les nœuds de comtesses qui - après deux à trois mois de bateau- revenaient sur la terre ferme avec des cheveux complètement emmêlés. J'étais devenu un spécialise dans ce domaine, car aucun de mes collègue n’avait la patience d’en venir à bout. Alors, quand on m’a demandé si j’étais capable de défaire les nombreux nœuds dans la chevelure de Shri Mataji, j’ai répondu que oui. Mais j’étais tellement confus que je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait.
On m’a emmené auprès de Shri Mataji. Mes jambes vacillaient. J’avais envie de pleurer en voyant notre Mère aussi malade. Mais je ne pouvais pas, je devais rester concentré, parce qu’on m’avait prévenu que: "Si tu n’arrives pas à défaire les nœuds, l'alternative c’est de couper tous Ses cheveux pour empêcher qu’Elle souffre." En m’approchant de sa chevelure, j'ai sincèrement été pris d'un profond désespoir: tous les cheveux de Shri Mataji étaient complètement emmêlés, il n’y avait pas un seul centimètre de cheveux libre. C’était insoutenable! Comment était-ce possible?...
Entre temps, les Sahaja Yogis m’avaient encore demandé si j’étais vraiment sûr de réussir ce travail. J'ai eu un moment de lucidité et j’ai dit "oui". On m’a raccompagné à la sortie en me donnant rendez-vous pour le lendemain.
Je suis tout de suite allé acheter les choses dont j'allais avoir besoin. Je suis sorti du château comme si je sortais d'un cauchemar. Je n’arrivais pas à croire ce que j'avais vu. Notre Mère très malade, assise sur un fauteuil avec un aspect que je n'aurais jamais imaginé voir.
Je suis allé acheter des choses pour le lendemain, une très bonne crème pour les cheveux et un peigne à dents très pointues, les vendeuses ne me disaient rien en me voyant pleurer sans cesse, même pas bonjour. De retour à Cabella, je me souviens avoir passé la nuit à regarder le ciel, avec une seule question dans le cœur: Mère, qu’est-ce qui se passe? Mon esprit était rempli de pensées, mais je me suis dit que je devais rester calme pour le lendemain.
Le 12 Juin, 2003 je suis arrivé le matin au château et on m’a tout de suite accompagné jusque dans la chambre de Shri Mataji. Elle souffrait... J’ai pris ses cheveux dans la main et j’ai été très surpris de voir qu’ils étaient très, très fins. Je les avais toujours imaginés très épais.... Au lieu de cela, ils étaient très fins et je ne savais pas par où commencer le travail.
Elle était reste alitée depuis le mois d’avril et quand quelqu'un avait tenté de peigner ses cheveux, il lui avait fait mal. Afin de ne pas lui refaire du mal, ils avaient décidé de les laisser comme cela. Mais jour après jour, sa chevelure s’était de plus en plus emmêlée jusqu’à l'état actuel. Je voyais dans ses cheveux tous nos problèmes, je voyais les miens et ceux du monde entier. Avec tous ces nœuds, je voyais aussi le risque d’une troisième guerre mondiale avec toutes les violences et tout le mal. Mais surtout, je n’arrivais pas à accepter sa maladie. C’était injuste que Mère supporte davantage nos problèmes.
Lentement j’ai commencé à démêler un à un quelques nœuds, mais la situation était vraiment tragique. Je ne pouvais pas forcer parce que sinon j’allais lui fait mal. Mais si ma main était trop légère, rien ne se passerait. J’ai commencé à paniquer un peu mais j’ai compris qu’il me fallait rester calme et me concentrer sur ce que je devais faire au niveau pratique pour résoudre le problème. Je ne devais penser à rien d’autre et surtout je devais laisser mes sentiments de côté, complètement.
Je me suis concentré et j’ai mis beaucoup de crème. J'essayais que les cheveux absorbent la crème: la crème était comme l'amour qui doit adoucir une situation tendue et le peigne était comme un outil qui doit résoudre le problème. Enfin, je comprenais que je ne devais pas me presser pour prouver aux autres que je pouvais y arriver, parce que de toute évidence, les gens autour de moi doutaient vraiment de me voir défaire tous les nœuds.
Je suis entré en état de témoin d’une façon lente mais résolue. J’ai défait les milliers de nœuds en m'appuyant sur la force qui venait de Shri Mataji. En effet, pour la première fois dans ma vie, je ne devais pas penser à Shri Mataji, sinon je me serais bloqué, j’aurais commencé à pleurer devant ce que je voyais. ...Ce fut la seule façon pour moi de travailler avec lucidité. Lentement, très lentement, les nœuds ont commencé à céder la place à quelques centimètres de cheveux lisses mais parfois ils semblaient se reformer. Tout cela fatiguait Mère alors on commençait à me mettre un peu de pression, me priant d'accélérer les choses. J’ai de nouveau paniqué, parce que de toutes évidences, si j’allais plus vite, je lui aurais fait mal ...
Il fallait juste que je mette mon attention sur son Sahasrara: je l'avais imaginé plusieurs fois, mais cette fois il se trouvait devant mes yeux, dans mes mains. J'essayais de continuer à travailler tout en gardant un œil sur un seul cheveu à la fois.
De temps en temps, les petits-fils, les filles venaient nous voir et l'attente se faisait sentir. Je mettais encore beaucoup de crème pour créer un espace parmi les cheveux complètement dénoués. La situation était telle qu’en prenant un seul cheveu, c’était toute la masse de cheveux qui se déplaçait, tellement ils étaient emmêlés...Elle commençait à souffrir et je me voyais sombrer dans l'abîme de mon existence. J’entrais en crise. Ce qui m’a poussé à ne pas abandonner, c’était le fait que je devais le faire pour Shri Mataji et pour tous ceux qui voulaient la revoir encore. J'essayais d'avoir un mélange de force, de détermination, de douceur et de légèreté, pour démêler ses cheveux. Cela semblait fonctionner.
En fait, je me suis inspiré de la façon dont Shri Mataji a toujours agi avec nous, en étant déterminée à effacer tous nos problèmes, avec beaucoup de douceur et un grand instinct maternel. Donc, j'ai trouvé un moyen d'arriver à la solution, en cherchant à imiter ce que Mère avait fait pour nous, montrant une grande patience, de la détermination et beaucoup, mais beaucoup d'Amour pour dissoudre toutes nos aspérités. Il y avait des pauses, mais nous étions sur la bonne voie. Cheveu après cheveu, le peigne avec la crème défaisaient tous les nœuds! Enfin, près de cinq heures après, je pouvais peigner complètement tous les cheveux.
Lorsque le peigne a finalement glissé sans accro, j’ai ressenti un flot de vibrations venant de partout. Il n’y avait pas de blocages, mais en même temps, j'avais peur de porter le peigne à sa tête parce que je sentais que ses cheveux étaient comme ceux d'une "enfant" et en même temps je pensais que c’était la chevelure d'une Reine... J’ai continué à les coiffer ayant du mal à croire qu'il n'y ait plus de nœuds. Enfin, nous avions accompli la mission.

Cette sensation d'avoir devant moi une "petite fille", je reconnais que j’ai essayé plusieurs fois de la faire émerger. C’est peut-être même son état de santé inhabituel, qui, selon la maya, pouvait être décrit comme précaire, qui a suscité en moi ce sentiment. C’était un peu comme si j’avais connu toutes les phases de la vie de Shri Mataji, au stade d'enfant, de mère et de Gourou de Sahaja Yoga...c’est comme si j’avais vécu son voyage humain. Maintenant, c'était la phase où nous voulons apparaître comme des "personnes âgées" pour peut-être nous préparer au fait que l'on quitte bientôt son corps physique.
Maintenant, l'atmosphère avait complètement changé, c’était la fête autour de Shri Mataji. Enfin je la voyais sourire et cela m’a transporté dans un autre état... Elle était rayonnante, tout le monde était heureux. Autour de Shri Mataji, c’était la fête. Elle m’a demandé de toucher ses pieds de lotus, mais je ne me sentais pas de le faire. Après tout ce travail, qui était évidemment un travail sur nous-même, je ne voulais plus la toucher... Dans le passé, plus encore qu’aujourd'hui, j’avais de nombreuses limitations en tant que Sahaja Yogi, même si j’étais dans un moment important de ma vie, je savais que cela venait seulement de la Grâce. Donc, je ne me sentais pas de toucher ses pieds, mais je l'ai salué avec un "namaskar"... A ce moment-là, à l'intérieur de moi, j’ai reconnu que j’avais déjà tout reçu de la vie mais, s'il y avait un désir en moi, c’était celui d'avoir un bébé. Quelques jours plus tard, ma femme m’a annoncé la bonne nouvelle...
Plus tard, Shri Mataji s’est mise au lit. Elle a pu se reposer. Comme j’étais encore là, on m’a demandé si je pouvais lui couper un peu les pointes qui étaient un peu fourchues. Ainsi, pendant qu'Elle se reposait, je lui ai lentement coupé les extrémités effilochées et sa coiffure a commencé à prendre une très belle allure. J’ai demandé alors en moi-même, tenant ces pointes abîmées dans la main, que le mal qui existe en chacun soit détruit.
Elle s’est reposée... à ce moment-là, j’étais plus calme. J’ai laissé Shri Mataji alors qu’Elle dormait. Je marchais avec plus de tranquillité et surtout avec l'assurance que tous les nœuds avaient disparus.
C'était comme si tout le mal avait disparu et que maintenant, nous allions chercher à mieux nous comporter. En fait, après cette période, nous avons vécu des années très difficiles. Pendant tout ce temps j’ai pensé à ce que j’avais vécu ce jour-là. En fait, il était toujours évident pour moi que chacun de nous peut être comme ce peigne et résoudre les problèmes qui se manifestent, les problèmes que nous avons dans nos maisons, dans nos collectifs, dans notre société, qui sont en nous tous. Je pense que c’est vraiment cela notre travail: utiliser la crème de l'amour pour rendre tout plus souple, plus fluide et consacrer sa vie à résoudre et à annuler totalement tous les problèmes qui existent...
Je voudrais rappeler que ce qui m'a aidé ce jour-là à faire ce travail sur ses cheveux, c’était seulement le désir d'être en mesure de faire quelque chose de beau pour notre Mère.
Faisons en sorte que tous les jours de notre vie, que nos actions, nos pensées, notre volonté soient un cadeau... parce nous avons maintenant la capacité de pardonner, de tolérer et la patience d’affronter et de surmonter de nombreux problèmes qui existent dans le monde....Ainsi nous pourrons lui dire: "Shri Mataji, il n'y a plus de nœuds dans le monde, il n'y a pas plus de problèmes".
Aujourd'hui, témoin de ce moment historique de grand dynamisme, de grande profondeur et de grande interaction de Sahaja Yoga dans le monde, je m'aperçois que chacun de nous peut choisir d'être un nœud (un problème) ou le peigne (la solution).
Grâce à l'amour, l'engagement et le dévouement des Sahaja Yogis, nous pouvons être l'outil qui permet de résoudre les problèmes de l'humanité. Prenez cette histoire comme l’occasion de partager une expérience avec quelqu’un de très limité du point de vue spirituel et intellectuel, qui doit encore beaucoup évoluer, et si cette histoire vous a troublé, je vous présente mes excuses.
Avec beaucoup d'amour et un immense respect pour tous mes frères et sœurs du monde entier que j’estime beaucoup pour tous les efforts qu’ils font tous les jours pour améliorer cette planète. »

Valter
Publié par dictionnaire sahaja yoga

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